Sallenôves, chemins et routes

Au moyen-âge, les routes alentours reprennent les traces des anciennes voies romaines, passant par les cols et se pliant aux facéties des cours d'eau, quand elles n'empruntent pas leurs lits.

Dès le 13ème siècle alors que le château des Sallenove, qui contrôle la croisée des Usses devient seigneurie principale, et au 14ème, les seigneurs de Sallenove gagnent une renommée qui va au delà des limites savoyardes. De hauts personnages font étape au château, tandis qu'une partie de leur suite trouve au village table et logement ainsi que l'abri pour les bêtes et les chars.

L'empereur Charles IV de Luxembourg qui rentre en Arles après son couronnement comme roi de Pologne y est accueilli en juin 1365. En 1381, l'aubergiste Amédée reçoit Bonne de Berry et sa cour avec 71 chevaux et en 1391 Bonne de Bourbon, Comtesse de Savoie et sa suite, qui se replient sur Chambéry en litières et chaises à porteurs grâce à 20 hommes, qui se relaient, trouvent dans ce village, "chez un certain Treina une auberge capable de loger une partie de sa suite,104 chevaux et 13 chars". Un pape en 1418, Amédée VIII/Clément V en 1449, des ambassadeurs, des écrivains et bien des soldats parcourent ces routes.

Au 15ème siècle, le château et son village se trouvent géographiquement au centre d'un réseau de communications important. Le déclin des foires de Champagne et la progression de celles de Genève, Nantua et Chaumont, associés pour Sallenôves à la création par Guigues son seigneur, d'un marché hebdomadaire et de deux foires annuelles, renforce son rôle de ville étape car marchands, marchandises et acheteurs viennent de loin.

Pourtant ces routes très fréquentées sont étroites et très dangereuses, particulièrement aux passages à gué des Usses où les eaux sont trop souvent tumultueuses. Soucieux des pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle, le pape en 1435 s'en est ému, et à propos du pont sur les Usses resté en panne de construction par manque de fonds ce qui obligeait tout le monde à passer les gués, il accorde une "indulgence" à tous ceux qui feraient le pèlerinage à Notre Dame de Bonlieu et y verseraient une aumône pour la suite de l'oeuvre. A la Tatte, se situait le croisement des routes : Cruseilles, Clermont et  Genève, Chambéry où, en dehors de toute agglomération mais sur cette voie de passage, pour permettre la mendicité, était construite une "maladière" peut-être commune à Mésigny et Chetonnex.

Une carte imprimée à Nuremberg pour les colporteurs de cette ville en 1501, atteste de le position de Sallenoves, étape sur les routes de Strasbourg, Genève, Lyon, ou vers Chambery, Milan et Gêne. Piétons, pèlerins, voyageurs à cheval s'y arrêtent. Sur cette carte dont le Nord est situé en bas, la distance entre deux points indiqués est de 7,2 km : 5 espaces entre Genève et Sallenoves totalisent 36 km.

Fin 16ème, les seigneurs de Sallenove sont ruinés et leurs successeurs choisissent Marlioz  comme lieu de résidence, toutefois, en 1600 le passage du roi Henri IV réveille château et village le temps d'un rendez vous politique au moment de la chute du fort Ste Catherine.

Les moniales de Bonlieu partent pour Annecy courant 18ème. Bonlieu des champs déserté, c'est un lieu de vie, de prière et d'attrait pour les pèlerins qui disparaît.

La mappe sarde entre 1730 et 1738 décline non seulement l'état de tous les villages mais aussi la situation des routes. La voie centrale de Sallenôves y apparaît mais son état n'y est pas défini. Elle ne sera vraiment aménagée qu'entre 1835 et 1840, chaque propriétaire de le commune devant, selon sa fortune, se charger d'une part de sa construction, comme une sorte d'impôt. En 1751, l'ingénieur Garella étudie le tracé d'une nouvelle route abandonnant le vieux chemin le long des Usses où il fallait traverser 16 fois la rivière entre Frangy et Sallenoves, au préjudice des voyageurs et marchandises, causant même plusieurs noyades chaque année. Le coche pour Lyon partait de Seyssel et pour y parvenir, il fallait emprunter cette route dangereuse et "pas roulante".   

Quand fut ouverte à la circulation la route rectifiée de Chambéry à Genève par Rumilly, la prospérité de Sallenôves et Marlioz subit une rude atteinte. Les habitants des deux villages en 1771 se plaignent des conséquences sur l'économie. Ils réclament une aide d'urgence pour l'entretien de leurs routes en si mauvais état que les communications avec les grandes routes sont devenues très difficiles. Ils ne peuvent plus commercer qu'avec la clientèle locale et sont même empêchés d'assurer les travaux des champs, donc perdent des récoltes. C'est l'asphyxie, un exode se profile, les maisons ferment, les familles quittent le pays. Même les chemins étant à la charge des particuliers se dégradent de plus en plus.

Le nouveau pont de la Caille construit en 1839 draine la circulation pour Genève, et en 1855 la construction du chemin de fer avec une gare à Seyssel amène une nouvelle possibilité pour rallier Lyon. Enfin en 1861, après l'Annexion, une rectification du tracé de Bonlieu à Massy enlève encore du trafic au chef-lieu qui reste isolé sur son plateau.

Le relais routier au centre du village accueillait voyageurs et équipages. Or en 1861, la nouvelle route des Usses étant achevée, le roulage cesse au chef-lieu. C'est seulement à Bonlieu que la diligence, grande berline noire appelée aussi courrier, va désormais faire halte, les chevaux fumants se reposer, ainsi que le cocher. C'est aussi à Bonlieu que s'arrêtent les dépêches de Seyssel que le facteur va chercher au milieu de la nuit.

A partir de l'Annexion, la route d'Annecy à Seyssel porte la dénomination de route départementale n°1 qui deviendra  R.N ou nationale 508 puis aujourd'hui 1508 et le chemin par Bonlieu à Sallenôves, nommé chemin d'intérêt communal n°32 deviendra la D7.

Petit à petit, Sallenôves va retrouver du dynamisme puisque artisans et commerçants seront à nouveaux nombreux fin 19ème  et 20ème siècle.

La rue centrale du village bien qu'améliorée gardera jusqu'au début 20ème la facheuse habitude des tas de fumier au seuil des maisons-fermes. Elle est goudronnée courant 20ème.

centre village

Elle est refaçonnée en 2009 au chef-lieu à l'occasion de la mise aux normes du tout à l'égout et dans l'espoir aussi de ralentir la vitesse des automobilistes. 

Le fait que le village soit un peu hors circuit de la circulation fut problématique en un temps, mais, 150 à 200 ans plus tard quand, de plus, restent encore les commerces essentiels, être hors du flot des voitures est un confort de vie très appréciable.